Par Mourad Guichard

Les récents propos du souverain pontife ont achevé de dégoûter Joseph, ex-catholique repenti.

Joseph (1) et l’église catholique romaine, ce sera bientôt de l’histoire ancienne. Ce quinquagénaire orléanais vient d’entreprendre les démarches pour se faire débaptiser. Pas de gaîté de cœur, ni sur un coup de tête. Sa décision est plutôt motivée par une indignation contenue et de longue date. «Quand j’ai entendu les propos de Benoît XVI sur les préservatifs, j’ai failli avoir un accident de voiture, raconte-t-il. En son temps, Jean Paul II m’avait déjà gonflé avec ses histoires de contraception et d’abstinence. Puis il y a eu toutes ces affaires de pédophilie en Angleterre, aux Etats-Unis et en France. Enfin, ce retour des catholiques intégristes, dont ce fameux évêque négationniste [le Britannique Richard Williamson, dont l’excommunication a été levée fin janvier par Benoît XVI, ndlr]. Sans oublier, bien sûr, la petite Brésilienne excommuniée parce qu’elle avait avorté après avoir été violée par son beau-père. Trop c’est trop.»

«Humaniste». Quatrième d’une fratrie de cinq enfants, Joseph a été «naturellement baptisé» peu de temps après sa naissance. C’était en 1959 dans la banlieue d’Orléans. «Si l’enfant n’était pas baptisé dans les trois mois, c’était mal vu», se souvient-il. Son père éboueur et sa mère femme de ménage sont tous deux catholiques, «sans engagement politique particulier». Première communion, confirmation, communion solennelle, puis catéchisme, Joseph a suivi le parcours du parfait catholique : «Oui, j’étais croyant. Aujourd’hui, je me dirais plutôt agnostique. Je crois en quelque chose, mais ça reste indéfini.» Après l’adolescence, il fréquente de moins en moins les églises «à l’exception des grandes occasions, comme les mariages». À 15 ans, son CAP en poche, il quitte l’école publique pour travailler comme vendeur. «Dès qu’il y avait un étranger ou une personne handicapée, les collègues m’appelaient. Ce devait être ma fibre humaniste qui ressortait.»

Depuis une quinzaine d’années, il travaille pour le compte d’une association caritative et ne cache pas son ancrage politique à gauche. «Mon appartenance à la foi catholique et mon engagement politique sont tout à fait compatibles, plaide Joseph. Quand Jésus dit qu’il faut rendre à César ce qui lui appartient, il encourage les gens à créer une économie parallèle. Ne dit-on pas que c’est lui le premier communiste ?» Cette possibilité de se faire débaptiser, Joseph en avait entendu parler il y a cinq ans. «Franchement, je n’en voyais pas l’intérêt. Mais aujourd’hui, après toutes ces déclarations, je n’ai plus envie de faire partie de leurs statistiques.» Il se dit écœuré par les conséquences des propos du pape : «Il vient de détruire dix ans de travail de prévention sur le terrain et condamner indirectement un million de personnes à une mort certaine. C’est irresponsable !» Si le lancement d’une telle procédure est mûrement réfléchi, il ne souhaite pas en faire un acte militant. «C’est une démarche personnelle», insiste-t-il. D’où son choix de conserver l’anonymat, afin de ne pas heurter les personnes avec lesquelles il travaille tous les jours. Il converse régulièrement de sa démarche avec son épouse, une militante communiste dont il dit avoir «le soutien total».

Timbale. Pour acter sa décision, Joseph a simplement tapé «débaptisation» sur Google et récupéré des modèles de lettres à envoyer à son curé de paroisse. «La lettre est déjà écrite, j’attends juste d’avoir la confirmation de ma date de baptême». Il n’a pas souhaité motiver cette décision, mais «si une invitation est lancée par le prêtre ou l’évêque», il s’y rendra. «Le principe de la débaptisation n’existe pas dans l’église catholique, prévient un prêtre. L’aboutissement de sa requête consistera en une mention marginale sur les registres baptismaux». Un détail qui n’ébranle pas la détermination de Joseph. «Je ne suis pas borné, se défend-il. Je m’intéresse aux autres religions et y trouve beaucoup de choses intéressantes, dans chacune d’elles.» Il confie avoir un faible pour le bouddhisme - «ils n’ont ni dieu, ni dogme et ne s’érigent pas des donneurs de leçons» -, mais assure qu’il sort du catholicisme pour n’emprunter aucune autre voie spirituelle. Joseph a conservé la timbale en argent que sa marraine lui avait offert. À ses parents, il ne dira rien de son choix. «Ils sont âgés», explique Joseph. Je ne leur en parlerai pas. J’ai trop peur de leur faire de la peine.»

(1) A sa demande, son prénom a été modifié.

http://www.liberation.fr/societe/0101557764-sonne-par-le-pape-il-se-fait-debaptiser