Un Manifeste pour une "débaptisation" massive circule sur Internet. Les discours et décisions controversées du pape, ces derniers mois, semblent avoir relancé le mouvement des "excommuniés volontaires".

"Tous ensemble, nous voulons être débaptisés!" Ce groupe Facebook appelle à une action d'envergure. Lundi 30 mars, près de 170 personnes ne souhaitaient "plus appartenir à une église qui considère l'IVG comme plus grave que le viol et le négationnisme" et adhéraient d'office au Manifeste pour une "débaptisation" massive. Ces internautes ne souhaitent plus être inscrits sur les registres de baptême, "parce qu'aujourd'hui, [ils contestent] les positions de Benoit XVI sur la contraception. (...) Parce qu'[ils] refuse[nt] l'obscurantisme (...) et ne [se] reconnaiss[ent] plus dans cette Eglise qui ne sait que condamner".

Le Manifeste est relayé sur internet, notamment sur le site de Dom, qui se considère comme une "excommuniée volontaire". Sa démarche est un moyen de se dresser contre les décisions du pape. Elle "refuse de cautionner davantage par un baptême non désiré cette église qui [lui] fait de plus en plus horreur."

Ce mouvement rappelle la campagne de "débaptisation" de 1996. A cette époque, en réaction à la question "France, qu'as-tu fait de ton baptême?" formulée par Jean-Paul II, des "catholiques-malgré-eux" ont décidé de se faire "débaptiser" pour prouver que des expressions telle que "France, fille aînée de l'église" étaient sans fondement. "Les gens contestaient par ce biais la religion, souligne Christian Eyschen, secrétaire général de la Libre pensée. Aujourd'hui c'est différent: ils s'opposent ainsi à Benoît XVI."

"Actuellement, on est dans un pic"

En Italie entre 2000 et 3000 personnes seraient passées à l'acte ces derniers mois a indiqué au Parisien Ennio Montesi, responsable -en Italie- du Mouvement international pour la libre pensée, non à l'Eglise, non à la religion. "Actuellement on est dans un pic" confirme Christian Eyschen. Du côté du clergé, Ludivine De la Rochère demeure sceptique. Chargée des relations presse pour la Conférence des évêques, elle ne note pas un accroissement des demandes de "débaptisation"; mais reconnaît également qu'il n'y a pas "de recensement automatique".

Sur la toile, certains témoignent des raisons qui les poussent à entamer aujourd'hui une démarche de "débaptisation". Marie-Isabelle explique "que c'est à titre personnel le seul moyen que je puisse utiliser pour montrer que je n'en peux plus de ces prêcheurs de tous poils qui propagent l'horreur au nom d'un soit-disant Bien agissant contre un soit-disant Mal." Sur Rue 89 Yoms a pris cette décision pour ne plus être "comptabilisé comme un mouton de l'église, une brebis peureuse mais bien comme un loup qui prend ses responsabilités..." Pour sa part, Joseph, la cinquantaine, revient dans Libération sur les propos du pape concernant le préservatif, la réintégration des catholiques intégristes et les excommunications après l'avortement d'une fillette violée au Brésil. "Après toutes ces déclarations, je n'ai plus envie de faire partie de leurs statistiques [religieuses]". Monseigneur Bernard Podvin, porte-parole des évêques de France, est conscient du malaise actuel et appelle au dialogue. "S'il y a de la souffrance, il faut se parler, avoir une communication directe" pour comprendre notamment les évenements de ces derniers mois.

Si la "débaptisation" est pour certains une façon de revenir sur un événement qu'ils n'ont pas choisi, il est aussi un acte militant. "En France, l'Etat est séparé de l'église, donc la "débaptisation" n'a aucune incidence sur la vie civile, rappelle Christian Eyschen. En Allemagne, au contraire, enlever son nom des registres de baptêmes permet de ne plus payer l'impôt d'église. Les motivations peuvent être économiques, alors qu'en France, elles sont purement militantes!"

Débaptisation: la méthode en ligne

De la définition de l'apostasie aux modèles de lettres, le site Atheisme informe sur les démarches à suivre pour supprimer son nom des registres paroissiaux. Un cyber curé peut également répondre aux questions des internautes sur Catholique Nanterre. Le site évoque les procédures de" débaptisation" et donne des données chiffrées sur le nombre de "débaptisés".

L'avis de l'Eglise

Plus de 340 000 baptêmes ont été célébrés en France en 2008. Pour l'Eglise catholique, la "débaptisation" n'a aucun effet car ce sacrement est considéré comme indélébile.

Source: L'express