Michel Servet (Miguel Servet y Reves en espagnol), né le 29 septembre 1511 en Aragon et exécuté le 27 octobre 1553 à Genève, est un théologien et médecin d'origine espagnole qui découvrit la façon dont le sang passe dans les poumons pour s'oxygéner. Il fut brûlé vif pour hérésie le 27 octobre 1553 sur ordre du Grand Conseil de Genève. Il développa un protestantisme radical, refusant notamment le dogme de la Trinité.

[...]

Parcours d'hérétique

Sa carrière médicale se poursuit à Vienne dans le Dauphiné. Servet acquiert là une position de notable, et découvre la petite circulation sanguine, c'est-à-dire la manière dont le sang passe dans les poumons pour s'oxygéner. Il voit là le souffle de Dieu au cœur de l'homme.

Servet croit en effet en un Dieu « auquel l'homme peut s'unir ». Son ennemi Jean Calvin décrit « un souverain Seigneur (…) devant qui l'homme chétif et misérable ne peut que se prosterner dans la cendre, adorer et obéir ».

Surtout, Servet pousse très loin le principe du retour aux Évangiles. Pas de trace, dans ces derniers, du discours complexe sur la Trinité que l'Église catholique a mis au point pendant des siècles. Jésus n'est pas Dieu, mais un homme auquel l'essence divine s'est alliée temporairement. À l'hérésie, il ajoute le blasphème : la Trinité est un « chien des Enfers à trois têtes, signe de l'Antéchrist ». Calvin écrit alors : « Si j'ai de l'autorité dans cette ville (Genève), je veillerai à ce qu'il ne la quitte pas vivant ».

Michel Servet est pour cette raison honoré par les chrétiens Unitaristes qui fleurissent chaque année sa statue à Paris. 1

Querelle épistolaire

À Vienne, Servet publie anonymement un nouveau brûlot, la Christianismi restitutio, un ouvrage en 7 tomes, et se lance dans une dispute par correspondance avec Calvin. Déjà, en 1546, il lui avait écrit, et celui-ci lui avait répondu. Ils s'envoient des dizaines de pages. De formation, Calvin était juriste. Il acceptait le dialogue, mais jusqu'à un certain point. En 1546, il écrit à un pasteur : "Si Michel Servet vient à Genève, je ne réponds pas qu'il puisse en sortir vivant". Comment interpréter cette phrase de Calvin ? Manifestement, il ne supportait plus tout dialogue avec Servet. Il faut dire que ce dernier l'interpellait vigoureusement, et n'hésitait pas à le traiter d'ignare ou d'âne.

Il se passe alors une affaire qui va avoir pour Servet de graves conséquences. À Genève, un certain Guillaume de Trie entre en dialogue avec l'un de ses cousins restés à Lyon. Ce cousin écrit à Guillaume de Trie que les Genevois mènent une vie désordonnée et que la pagaille y règne. Guillaume de Trie prend alors la mouche et répond qu'à Vienne, on tolère les pires hérétiques, au point de les héberger au palais archiépiscopal. Arneis demande des précisions. De Trie lui apprend que quelqu'un nie la trinité, et jusqu'à la divinité de Jésus-Christ, et que cet homme est néanmoins le médecin de l'archevêque de Vienne. Arneis demande alors des preuves, que Guillaume de Trie va trouver chez Calvin. De Trie savait que Calvin avait entretenu toute une correspondance avec Servet. Celle-ci n'était pas confidentielle, puisque l'essentiel en avait été imprimé par Servet lui-même. Il faut le dire à la décharge de Calvin. De Trie avait prévenu Calvin de ce qu'il voulait envoyer un certain nombre de textes à son cousin de Lyon. Calvin était réticent, ce qui prouve qu'il n'avait pas la conscience tranquille en remettant ces textes à de Trie. Il le fit quand même. Ainsi, on ne peut pas dire que Calvin a dénoncé Servet à l'Inquisition mais, en laissant de Trie le faire, il devait bien se douter que l'histoire allait mal se terminer. Ainsi, des documents autrefois chez Calvin se sont retrouvés, sans qu'on sache très bien comment, en possession de l'Inquisition à Lyon. Ils ont servi à condamner Michel Servet.

L'Inquisition le condamne a être brûlé. Incarcéré, Servet s'évade et se rend à Genève.

« Je crois qu'il en avait assez de vivre sous une fausse identité. Peut-être a-t-il pensé qu'il avait une chance de remplacer Calvin », suggère le documentariste allemand Oliver Eckert qui a réalisé en 2005 un documentaire sur Servet. « Pour trouver un compromis avec l'empereur Charles Quint, les réformateurs avaient conservé des théories que l'Église catholique avait développées après les Évangiles. Servet voulait aller plus loin dans le retour aux Écritures. Il se prenait pour le représentant sur terre de l'archange Michel qui, dans l'Apocalypse, chasse la Bête... ».

Le dimanche, Michel Servet se rend au culte au temple où Calvin prêche. À la sortie du temple, Michel Servet est arrêté le 13 août 1553, sans doute à l'instigation de Calvin.

Il faut dire que le parti des libertins avait pratiquement pris le pouvoir au Conseil des Deux-Cents qui gouverne la ville. Ses membres sont tous des adversaires de Calvin et en général favorable à Servet. Certains pensent qu'il avait été appelé à Genève par les ennemis de Calvin, qui voulaient se servir de lui comme d'un instrument pour se débarrasser du réformateur. Paradoxalement, ils ne veulent pas apparaître comme des hérétiques. Ils ne le défendront pas quand il aurait fallu le faire. Servet sera victime de la situation la plus mauvaise pour lui, mais aussi pour Calvin. Certains ne pensaient qu'à bannir Servet, ce qui aurait pu se produire. Mais quand Servet, lassé par des semaines de détention - détenu depuis le mois d'août, il est mort le 27 octobre -, s'emporta et attaqua Calvin, il alla jusqu'à dire : "C'est lui ou moi. Il s'agit de savoir qui vous voulez suivre". Ayant l'habitude des affaires de l'État, on savait que Calvin avait des aptitudes pour gouverner, ce qui n'était sûrement pas le cas de Michel Servet. Il se montra donc très maladroit.

Voici ce qu'écrit Michel Servet de sa prison:

« Si j'avais dit cela, non seulement dit, mais écrit publiquement, pour infecter le monde, je me condamnerais moi-même à mort. C'est pourquoi, Messeigneurs, je demande que mon faux accusateur (Jean Calvin) soit puni, et qu'il soit détenu prisonnier comme moi, jusqu'à ce que la cause soit définie pour mort de moi ou de lui, ou autre peine. Et pour se faire, je m'inscrit contre lui à la dite peine du talion. Et suis content de mourir s'il n'est convaincu de ceci et d'autre chose, que je lui mettrai dessus. Je vous demande justice, Messeigneurs, justice, justice  ».

Cette requête était accompagnée de certains articles sur lesquels il demandait que Calvin soit interrogé.

Malheureusement pour lui le magistrat se prononce contre Michel Servet. Plus encore, le conseil de la ville s’approprie l’accusation. Les expertises des autres cantons (protestants) sont demandées mais avant que ceux-ci ne puissent se prononcer, le conseil de la ville constitue sa propre accusation, rédigée par un adversaire de Calvin. Ce dernier s’oppose à la mort sur le bûcher de Michel Servet, et réclame une mort moins spectaculaire et douloureuse mais il n'est pas écouté.

C'est dans l'actuel jardin de La Colline, clinique privée située au bas de Champel, que Michel Servet a été attaché à un poteau et brûlé vif sur ordre du Grand Conseil, le 27 octobre 1553 : « Toy, Michel Servet, condamnons à debvoir estre lié et mené au lieu de Champel, et là debvoir estre à un piloris attaché et bruslé tout vifz avec ton livre, tant escript de ta main que imprimé, jusques à ce que ton corps soit réduit en cendres ; et ainsi finiras tes jours pour donner exemple aux autres qui tel cas vouldroient commettre ».

  • Aujourd'hui, Michel Servet a sa rue à Genève, son quartier (la Servette) qui a donné son nom à plusieurs clubs sportifs genevois (tels que le Servette FC, le Genève-Servette Hockey Club), ainsi que son monument expiatoire érigé en 1903 près de l'emplacement de son bûcher. Ce menhir porte une inscription où le calvinisme genevois condamne cette erreur de Calvin qui fut aussi celle de son siècle. Il s'agit alors, selon l'historienne Valentine Zuber, de « désamorcer l'obstacle que représente encore l'affaire Michel Servet pour la réputation de Jean Calvin, à la veille du jubilé du réformateur de Genève en 1909 ».

  • Une statue le représente près de l'église de Villanueva de Sijena en Aragon, le village où il est né.
  • Une école publique élémentaire portant son nom et un monument en son l'honneur, dû au sculpteur Joseph Bernard, se trouvent à Vienne, en Isère, où il vécu après 1540.

  • Un lycée professionnel porte son nom à Lille.
  • Une statue de marbre le représentant enchaîné au bûcher est érigée dans le square de l'aspirant Durand, dans le 14ème arrondissement de Paris. Sur le socle on peut lire « À la garde du peuple ». Ce monument est régulièrement fleuri par les chrétiens Unitaristes et les Libres penseurs. Elle a été érigée en 1908 et est due au sculpteur Jean Baffier.

  • Une statue de Michel Servet se trouve sur la place de la Mairie d'Annemasse (Haute-Savoie), elle est une réplique de l'œuvre du sculpteur Clothilde Roch. Le collège d'Annemasse situé non loin de là porte aussi son nom.

Sur le socle de sa statue nous pouvons lire : À Michel Servet né à Villeneuve d'Aragon le 29 septembre 1511 Brûlé en effigie à Vienne par l'Inquisition Catholique le 17 juin 1553 et brûlé vif à Genève le 27 octobre 1553 à l'instigation de Calvin.

Enfermé dans une prison humide, malade et privé de tout secours Servet écrivait à ses juges : " Je vous en supplie qu'il vous plaise abréger ces grandes dilations. Vous voyez que Calvin pour son plaisir me veut ici pourrir en la prison les poux me mangent tout vif, mes chausses sont déchirées et n'ai de quoi me changer ni pourpoint, ni chemise qu'une méchante"

Michel Servet, helléniste, géographe, médecin, physiologiste a bien mérité de l'Humanité par ses découvertes scientifiques son dévouement aux malades et aux pauvres. L'indomptable indépendance de son intelligence et de sa conscience

Érigée une première fois en en 1908 Livrée aux allemands en 1942 cette statue a été rétablie par souscription publique et inaugurée à nouveau le 4 septembre 1960.

À propos de Michel Servet, Sébastien Castellion écrira : « Tuer un homme, ce n'est pas défendre une idée. C'est tuer un homme »

Actualités Unitariennes [archive]

Source: Wikipedia